L’aufhebung d’Anne-Sophie Pic

Les plats d’Anne-Sophie Pic n’ont pas laissé Michel Onfray indifférent. Lors de leur rencontre pour l’ouvrage Eléments de conversations culinaires, la tomate plurielle, l’asperge de Roques-Hautes et même l’huitre Tarbouriech ont permis au philosophe de définir la cuisine d’Anne-Sophie Pic à travers l’Aufhebung, notion centrale chez Hegel. Extrait.

« En ce qui nous concerne, l’essentiel se trouve dans l’assiette élaborée par Anne-Sophie Pic. Voici donc le menu qui me permit de penser ce qui se passe dans la cuisine de cette femme fidèle à son nom qui n’a pas effacé les prénoms de ses grands-pères et père sous le nom de famille, puis qui a ajouté le sien en inventant une fidélité qui n’est ni copié ni servilité.
Pour dire cette étrange alchimie, la philosophie allemande, en l’occurrence Hegel, dispose d’un mot utile qu’ignore la langue française: aufhebung. Si l’on veut le traduire, il nous faut deux mots qui, juxtaposés, constituent une contradiction apparente : conservation et dépassement. Car si l’on conserve, on garde; si l’on dépasse, on n’a pas gardé. Comment dès lors pourrait-on conserver, garder et dépasser en même temps? Ce mot suppose la dialectique, l’autre nom du mouvement. Une fois agencés, associés, les éléments qui composent une sauce illustrent bien le mécanisme de cette aufhebung: ils y sont sans y être tout en y étant, parce qu’ils sont autres. La cuisine d’Anne-Sophie Pic fait de même avec celle de son grand-père et de son père. Un étonnant lapsus culinaire, si l’on me permet cette expression, m’en fit la démonstration. Mais comme je ne suis pas freudien, il me plaît de croire que ce fut moins un lapsus qu’une façon de dire sans dire tout en disant. Aufhebung encore, donc… »

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