La cuisine du marcheur

Une délicieuse lecture sur ce que doit contenir le sac d’un marcheur pour ses repas, en termes de matériel et d’aliments, selon Édouard de Pomiane.
Extrait de La cuisine en plein air d’Édouard de Pomiane

Nous ne parlons qu’en passant, des cinq objets qui ne quittent jamais le marcheur : le sac, la gourde, le gobelet, le couteau, la boîte d’allumettes. Le sac doit être spacieux, posé bien sûr les reins, comportant des poches assez nombreuses. La gourde doit être légère, d’une contenance d’un litre, ni plus ni moins. Le gobelet doit toujours être à portée de la main, jamais enfermé dans le sac. Autrement, la paresse de le chercher, pousse le marcheur à boire trop rarement. Le couteau doit être robuste, comporter une lame à ouvrir les boîtes de conserve, et un tire-bouchon. Il sera porté par une chaîne fixée à la ceinture ou à un bouton. C’est une assurance contre sa perte. Quant à la boîte d’allumettes, elle sera enfermée dans un étui métallique léger. Elle est plus sûre que le briquet qui manque tantôt de pierre, tantôt d’essence.

Pour le marcheur d’un jour, le matériel culinaire se composera simplement d’une assiette, d’une fourchette et d’une cuillère en aluminium.

Le marcheur errant devra être mieux monté. Il doit manger chaud au moins une fois par jour. Qu’il emporte dans son sac un nécessaire en aluminium qui, sous un volume très restreint et ne pesant que 800 grammes, comporte une lampe à alcool solidifié, un support à casseroles, trois assiettes, deux casseroles, une poêle. Ainsi équipé, le marcheur n’aura plus qu’à emporter une fourchette et une cuillère d’aluminium, pour manger chaud ou froid. Qu’il n’oublie pas une serviette pour se donner l’illusion du grand confort. Le sel fin sera emporté dans une petite bouteille bouchée au liège. Les bouchons métalliques vissés sur le verre sont parfois difficiles à enlever, lorsque le sel a absorbé de l’eau atmosphérique. L’alcool solidifié sera placé dans une petite boîte en fer-blanc ou en aluminium.

Le marcheur d’un jour se contentera d’aliments froids préparés d’avance, tant pour le plaisir de la bouche que pour la commodité du transport. Il mangera des sandwichs composés de deux tranches de pain copieusement beurrées et enfermant, soit de la viande, soit du fromage. Ces sandwichs constituent des repas complets puisque le pain et le beurre apportent au marcheur les aliments dynamogènes, tandis que l’albumine de la viande ou du fromage constitue un aliment plastique bien suffisant pour un jour. Une telle alimentation manque d’éléments végétaux qui apportent à l’organisme une masse inerte, indigestible de cellulose, si utile au bon fonctionnement normal de l’intestin. Aussi le marcheur mettra-t-il, dans son sac, des fruits facilement transportables tels que pommes, poires, oranges, citrons, etc. Quant à la boisson, le marcheur se contentera de l’eau de sa gourde. S’il emportait du vin, celui-ci ballotté au cours de la marche serait gastronomiquement imbuvable. Si le marcheur n’aime pas l’eau pure, il l’additionnera dans son gobelet, d’une petite quantité de cognac dont il emportera toujours un petit flacon dans son sac. Cette petite quantité d’alcool loin d’être nuisible constituera un agréable aliment, directement combustible dans l’organisme. Point n’est besoin que ce cognac soit une très vieille eau-de-vie. Il existe des cognacs jeunes, peu coûteux qui supportent très bien le mélange avec l’eau pure.

Le marcheur ambulant, qui passe quelques jours soit dans la forêt, soit dans la haute montagne, doit emporter, nous l’avons dit, des vivres de réserve. Durant son voyage, il doit faire, au moins une fois la journée, un repas chaud. La composition de son sac doit donc être toute différente. La viande sera une viande condensée, séchée. Le saucisson sec ou la langue fumée sont le prototype de cette préparation. Bien entendu, il faut donner son choix à des produits de toute première qualité. 250 grammes de saucisson sec ou de langue fumée représentent 500 grammes de viande fraîche. C’est une ration suffisante pour trois jours. Le complément d’albumine sera apporté par du fromage concentré, empaqueté aseptiquement. Le type de celui-ci est la crème de gruyère. On peut adjoindre aussi, en fait d’albumine, 2 œufs durs, c’est-à-dire cuits pendant 11 minutes dans l’eau bouillante, puis refroidis brusquement par immersion dans l’eau froide. Deux demi-boîtes de petits pois ou de haricots verts stérilisés, constitueront la ration de légumes pour deux repas. 125 grammes de beurre, mis dans une boîte de galalithe, fermée par un couvercle vissé seront la ration de graisse pour deux jours. Des fruits ajouteront leur cellulose à celle des légumes de conserves, en même temps qu’ils apporteront les vitamines indispensables à un fonctionnement physiologique normal. À ce dernier point de vue, les citrons seront précieux. Les hydrates de carbone seront représentés par du sucre en morceaux et 500 grammes de pain blanc, enveloppé dans un papier parchemin, de façon à en éviter la dessiccation. À ces vivres de première qualité, ajoutons un potage concentré aux légumes et deux comprimés de bouillon de viande. Pour terminer tous les repas par une boisson chaude, il faut emporter du café concentré, soit sous la forme liquide, soit sous la forme de tablettes.

En résumé voici la composition de la ration alimentaire d’un marcheur partant en course pour quarante-huit heures.

Un nécessaire de cuisine en aluminium.
Pain blanc : 500 grammes
Beurre : 125 grammes
Sel : 15 grammes
Saucisson : 125 grammes
Langue fumée :  125 grammes
Crème de gruyère (en parts) : 1 boîte
Œufs durs : 2
Petits pois : 1 demi-boîte
Haricots verts : 1 demi-boîte
Pommes : 3
Oranges : 3
Citrons : 2
Potage en tablette : 1
Comprimés de bouillon : 2
Morceaux de sucre : 15
Extrait de café : 1 petit flacon
Cognac : 1 petit flacon
Chocolat en tablettes : 250 grammes

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