Publié par

Nicolas Appert a-t-il inventé l'open source ?

Né dans les années 1960 avec le développement de l’informatique, le concept d’open source définit le libre accès au code source d’un
logiciel, à sa redistribution et à son amélioration.
Ce qui signifie que même si le produit est vendu, il est accompagné de sa « recette » ce qui permet à chacun de s’en emparer, de le faire évoluer et de vendre ses produits dérivés.
Lorsque Nicolas Appert (1749-1841) publie en 1810 L’Art de Conserver, pendant plusieurs années, toutes les substances animales et végétales, ce concept n’existe pas encore. Pourtant sa démarche est très proche car en renonçant à breveter son invention il va offrir à l’humanité le « code source » d’une invention qui allait révolutionner l’alimentation mondiale : l’appertisation.
« L’art de conserver pendant plusieurs années, dans toute leur fraîcheur, et avec toutes leurs propriétés naturelles, toutes les substances animales et végétales, n’est plus une de ces découvertes douteuses, prônées seulement par l’intérêt et la cupidité. Ma méthode, exempte de tous
les inconvénients qu’on pouvait justement reprocher à toutes celles que l’on a employées jusqu’ici, a reçu la sanction d’une longue expérience ; elle est appuyée des témoignages de tous les gens de l’art les plus habiles, et du suffrage de nombreux consommateurs. Le principe dont je me sers est unique ; il agit de la même manière et opère les mêmes effets sur toutes les substances alimentaires sans exception. Un ministre éclairé, ardent ami des arts et de l’humanité, après avoir fait vérifier mes procédés par une commission spéciale, a daigné accorder à mes travaux des encouragements qui doubleront mon zèle ; mais la récompense,
la plus flatteuse qu’il pût m’accorder, c’est l’invitation de rendre publique, par la voie de l’impression, la connaissance de mes procédés, ma découverte pouvant être de la plus grande utilité dans les voyages sur mer, dans les hôpitaux et l’économie domestique.
N.B. Je recevrai, avec reconnaissance, les observations qui me seront faites sur mes procédés, et je m’empresserai de donner tous les renseignements que l’on pourrait encore désirer après la lecture de cet ouvrage ; seulement je prie les personnes qui m’adresseront des lettres, de vouloir bien les affranchir. ».
Voici ce qu’écrit Nicolas Appert dans la préface de son ouvrage dans laquelle il précise donc que « la récompense la plus flatteuse qu’il (le ministre) put (lui) accorder, c’est l’invitation de rendre publique, (sa) découverte pouvant être de la plus grande utilité dans les voyages sur mer, dans les hôpitaux et l’économie domestique ».
La volonté de permettre à tout un chacun d’utiliser son invention ne signifie pas pour autant qu’il renonce à produire et vendre lui-même ses conserves. En effet, dans son livre il est mentionné également : « Pour éviter les contrefaçons qui pourraient avoir lieu dans la fabrication des substances conservées qui seraient annoncées comme de la fabrique de Massy, nous venons de prendre avec M. Appert des arrangements qui nous permettent d’annoncer au public qu’il trouvera dans nos magasins, quai Napoléon, au coin de la rue de la colombe n° 4, dans la Cité, à Paris, un assortiment de comestibles conservés, de la fabrique de Massy, à des prix doux, et qui seront fixés dans un catalogue que nous publierons incessamment par la voie des journaux. »
Il distingue ainsi le procédé – que chacun est libre d’utiliser – de ses produits qu’il est seul à pouvoir commercialiser.

UNE INVENTION RÉVOLUTIONNAIRE
C’est en 1795 que Nicolas Appert met au point son invention et en 1802, il ouvre la première fabrique de conserve au monde à Massy, en banlieue parisienne. Fournisseur de la Marine, il sollicite le ministre de l’intérieur Jean-Pierre de Montalivet (1766-1823) qui lui accordera un prix de 12000 francs. « Comme la conservation des substances animales et végétales peut être de la plus grande utilité dans les voyages sur mer, dans les hôpitaux et l’économie domestique, j’ai pensé que votre découverte méritait un témoignage particulier de la bienveillance du gouvernement. J’ai en conséquence accueilli la proposition qui m’a été faite par mon bureau consultatif, de vous accorder un encouragement de douze mille francs », lui écrit-il. Nicolas Appert devant s’engager à publier à 6000 exemplaires – et à ses frais – le mode d’emploi de sa découverte sans déposer de brevet.

COPIES ET COPYRIGHT
Les (perfides) Anglais s’emparent vite de cette invention en open source et un certain Peter Durand dépose en août 1810 un brevet concernant divers récipients destinés à recevoir des produits appertisés dont la boîte métallique en fer-blanc. La première conserverie utilisant des boîtes en fer-blanc sera créée en Angleterre en 1812.
Pour l’anecdote, l’ouvre-boîte ne sera inventé que 40 ans plus tard par un Français, Léon Bernard Claverie, coutelier à Paris qui en déposa le brevet le 17 juin 1850.
Les copies anglaises ainsi que la défaite de la marine napoléonienne à Trafalgar finiront par ruiner Nicolas Appert. Ce dernier meurt le 1er juin 1841 à Massy sans argent. Son corps sera déposé dans la fosse commune. Si le fait de ne pas breveter son invention finit par ruiner Nicolas Appert, il le fit entrer au Panthéon des « Bienfaiteurs de l’humanité ». Titre que lui accordèrent les Anglais eux-mêmes, sans doute pris d’un certain remords…

Partagez et suivez-nous :